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Pour célébrer les 90 ans du Front Populaire 1 gréviste occupe son usine!
L'exagération du trait est par définition ce qui caractérise la caricature, mais la fonction même de la caricature est de souligner le sens réel d'une situation dissimulée sous la convenance des apparences. L'illustration en tête de cet article revendique essentiellement cette fonction, et à ce titre, elle est d'autant moins "excessive" qu'elle n'a été que "soulignée" par nous et non pas réellement modifiée, en termes de réalité des apparences!
Dès 1995, un article du journal "Le Monde" soulignait que déjà depuis 1992, en fait, le personnel ouvrier était devenu minoritaire parmi les effectifs en personnel du constructeur automobile Renault et n'en représentait plus que 46% selon le compte de 1994.
Aujourd'hui, avec les multiples restructurations et recombinaisons de l'industrie automobile en diverses formes de multinationales il n'est tout simplement plus possible d'accéder à des statistiques probantes concernant la composition du personnel selon les diverses strates de fonction, productives ou non. Par chance nous avons retrouvé dans nos propres archives une série de documents Renault enregistrés lors d'une précédente recherche, et aujourd'hui inaccessibles sur le site de la marque. Cette série contient des données de 2004 à 2015 et montre une chute supplémentaire des effectifs "Agents de Production Renault" de 37,8% à 28,4%, soit une chute supplémentaire de 9,4% en onze ans. Ce qui constitue déjà une accélération de la disparition des emplois réellement productifs dans l'industrie, si l'on considère les 46% notés en 1994 par "Le Monde", soit une "disparition" sur la décennie 1994-2004 de "seulement" 6,2%, contre plus de 9% pour la décennie suivante.
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Mais, "last but not least", ce n'était pas encore tout à fait la fin du concept de "classe ouvrière", dans l'industrie automobile, tant que la catégorisation "APR - ETAM (employés, techniciens et agents de maîtrise) - Cadres" subsistait encore formellement, même si difficilement traçable en termes de statistiques, dans le cadre de structures devenues "multinationales".
Avec la nouvelle Convention Collective Nationale de la Métallurgie, entrée en vigueur le 1er janvier 2024, la catégorisation des emplois disparaît purement et simplement, remplacée par une grille d'évaluation par poste de travail, et non plus en fonction des qualifications professionnelles des travailleurs, avec, bizarrement maintenue dans ce contexte, tant qu'à faire, la seule distinction entre "Cadres" et "Non-cadres", en fonction de la seule "cotation" du poste sur la grille... C'est donc quasiment un acte de décès officiel de la "classe ouvrière" en tant que classe de travailleurs industriels productifs. Mais comme le montre l'évolution en chute libre, depuis déjà plusieurs décennies, de la catégorie "APR" chez Renault, c'est en quelque sorte une adaptation à la robotisation de la production et à l'exclusion de plus en plus poussée du travail humain productif dans les processus de l'industrie moderne. Ceci dit, si le principe d'une unification et d'une simplification des conventions collectives souvent inutilement disparates est logiquement le bon, cette "fusion" ne doit pas se faire au détriment de la qualification et de la rémunération du travailleur, et dans le cas de la métallurgie on peut donc très bien comprendre ceux qui ont refusé d'entériner cette évolution dans sa méthodologie actuelle.
Concernant plus globalement l'évolution économique et sociale actuelle, on peut avoir la nostalgie des grandes luttes sociales de la classe ouvrière industrielle des deux derniers siècles, telle qu'elle s'exprime avec une certaine justesse historique dans le récent film de France.tv (ci-dessous), dans lequel il y a même une démarche de recherche historique novatrice et intéressante, mais en conclure qu'il y aurait à faire là un parallèle plus ou moins direct avec la situation actuelle ne fait donc manifestement pas grand sens, sinon aucun, au delà d'une éventuelle tentative de "racolage" électoral en vue des présidentielles de 2027.
Pour aller plus loin dans l'évaluation de l'évolution de la société française, et même, de la société moderne en général, par rapport à l'époque du Front Populaire, et même tout simplement, par rapport à la fin du XXème siècle, il ne faut donc pas seulement considérer la répartition statistique "officielle" entre secteurs primaire (principalement agricole), secondaire (industriel), et tertiaire (services et commerce), mais chercher à comprendre l'évolution réelle de la situation de chacune des catégories sociales dans les nouveaux rapports de production. Si dans l'industrie "robotisée" l'essentiel du travail utile s'apparente désormais davantage à celui d'un service technique qu'à un travail directement productif comme c'était le cas à l'époque du Front Populaire, et encore en partie jusqu'au tournant du siècle, il subsiste néanmoins encore d'autres secteurs, y compris dans les activités officiellement classées dans le tertiaire, où la force de travail humaine est encore directement à la base de la réalisation d'un service ou même d'un produit, comme en cuisine, par exemple.
Et bien évidemment, dans le secteur du bâtiment, la "robotisation" ne semble pas pouvoir "progresser" aussi rapidement que dans l'industrie... Et pour l'instant elle reste encore relativement limitée dans les transports, même si le secteur fut relativement "pionnier" avec le métro automatique de Lille-Villeneuve-d'Ascq, dès 1983.
Mais ce que le film historique sur le Front Populaire montre assez bien, c'est que la force de la classe ouvrière, en tant que prolétariat industriel productif, résidait dans la concentration massive de la force du travail humain dans les grandes usines, elles-mêmes souvent concentrées dans des zones industrielles et urbaine où la conscience de classe se développait et se déployait en quelque sorte "naturellement" dans son biotope social et économique, que l'action des organisations ouvrières ne faisait le plus souvent que "catalyser" en fonction de l'évolution des rapports de clases: un phénomène non reproductible dans le contexte de la société actuelle.
Dans une société déjà "tertiarisée" à plus de 80%, ce ne sont pas seulement les rapports de classe qui ont changé, mais, encore plus fondamentalement, le rapport entre travail, essentiellement de "service", et la production elle-même, essentiellement "robotisée". Non seulement la part du travail humain encore réellement productif a drastiquement chuté dans l'industrie, mais, et assez logiquement en conséquence, la part global du travail industriel a globalement chuté, depuis des décennies, même si elle semble relativement se "stabiliser", pour l'instant, mais quasiment à un niveau "plancher", à 12,01% du total, en fait, en attendant la prochaine vague de "robotisation", qui ne saurait tarder, avec les "progrès" de plus en plus envahissants de l'IA:
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Mais si comprendre que les rapports de proportion et les rapports sociaux ont changé, entre les classes populaires elles-mêmes, en fonction de l'évolution des rapports de production, cela demande déjà un gros effort d'analyse et de réflexion à la plupart des analystes réellement motivés pour le faire, cela n'est pas encore l'essentiel tant que cet effort de réflexion ne va pas jusqu'à reconsidérer, également en fonction, l'évolution des rapports de forces au sein même de la classe dominante, et en fin de compte, sa nature de classe elle-même, par rapport aux conceptions idéologiques véhiculées depuis des décennies, aussi bien par les idéologues de droite que ceux de gauche, du reste.
Ce que cet excellent film devrait nous faire, comme effet, au delà d'une certaine nostalgie bien compréhensible pour les générations les plus anciennes, c'est donc déclencher une réflexion sur la nature des évolutions systémiques de la société industrielle moderne, que d'aucuns considèrent, évidemment à tort, comme "post-industrielle" ou même "post-moderne". Alors que précisément elle n'a jamais autant reposé sur le mouvement quasi permanent de la technologie.
D'une immense accumulation de marchandises, annoncée par la révolution industrielle, et qui s'est transformée en une immense accumulation de spectacles, après deux guerres mondiales, il ne reste que l'illusion d'une société de consommation reposant sur une immense accumulation de dettes, dont la nouvelle classe dominante banco-centraliste n'est que le dernier parasite, déguisé en dernier avatar du capitalisme pour s'y arroger un nouveau droit de prédation sur le sang des peuples et des nations.
Luniterre
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1936, le Front populaire
Entre joie et colères
Regarder et partager l’histoire, la mémoire et l’héritage du Front populaire, quatre-vingt-dix ans après sa victoire électorale et ses avancées sociales emblématiques. C’est ce que France Télévisions propose aux Français, avec un récit intense et très documenté sur cette période charnière de l’histoire politique et sociale du XXe siècle.
Coréalisé par Fabien Béziat et Hugues Nancy, le documentaire événement 1936, le Front populaire – Entre joie et colères, à découvrir sur france.tv et sur France 3, raconte, avec des archives et des témoignages rares, la société de l’époque, ses réalités, ses fractures politiques, et ses transformations culturelles et sociales qui ont façonné la France contemporaine.
Résumé
Ce court moment de notre histoire (1934-1938) que l’on appelle le « Front populaire » a marqué à jamais notre mémoire collective. Pour la première fois, en remontant le temps à la recherche de témoignages familiaux et d’archives inédites, ce film offre un récit vibrant de cette expérience fondatrice, racontée à hauteur d’hommes et de femmes, à travers la parole exceptionnelle de descendants d'ouvriers et d'acteurs politiques de l'époque, à gauche comme à droite.
Alors que la moitié des Français était passionnément pour et l’autre moitié farouchement contre, le film 1936, le Front populaire nous plonge au cœur d’une intense bataille politique, dont le résultat sera une incroyable révolution culturelle et sociale, qui a façonné la France telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Liste des intervenants
Maryse Veny-Timbaud Petite-fille de Jean-Pierre Timbaud • Eugénie Bachelot-Prévert Petite-fille de Jacques Prévert • Serge Wolikow Auteur de 1936, le monde du Front populaire • Anne-Marie Rerolle Fille et petite-fille d'ouvrières Michelin • Jean Vigreux Auteur de 1936, l'échappée belle • Antoine Malamoud Arrière-petit-fils de Léon Blum • Gilles Richard Auteur de Histoire des droites en France • Hugues de La Rocque Petit-fils de François de La Rocque • Gérard Leidet Président de "Provence mémoire et monde ouvrier" • Hélène Langevin Fille d'Irène Joliot-Curie • Michel Korb Fils de Francis Lemarque • Denise Bailly-Michels Fille de Charles Michels • Danielle Tartakowsky Auteure de Le Front populaire - La vie est à nous • Guy Huard-Verneuil Conservateur aux archives de Sciences Po • François Demay Petit-fils de France Demay • Corinne Jamet Fille de Pierre Jamet • Pascal Ory Auteur de La belle illusion, 1935-1938 • Raymond Mateu Fils d'un combattant des Brigades internationales
Note d'intention - Fabien Béziat et Hugues Nancy
Il y a peu d’événements de notre Histoire qui ont à la fois marqué les esprits de leurs contemporains comme ceux des générations suivantes, s’inscrivant à jamais, et parfois inconsciemment, dans notre mémoire collective. Le « Front populaire » appartient sans aucun doute à cette catégorie, au même titre que la « Révolution française » ou la « Libération ». Il nous est donc apparu important qu'en 2026, quatre-vingt-dix ans plus tard, un film vienne raconter l'histoire de ce mouvement politique, social et culturel qui a tout à la fois constitué la matrice de notre système politique et social actuel tout en divisant profondément les Français.
Ce « Front populaire », qui s'étend en réalité de 1934 à 1938, c'est l’histoire d’une impossible union de la gauche rendue nécessaire face au péril fasciste, l’histoire d’un monde ouvrier qui décide d’arracher ses propres conquêtes dans la grève, l'histoire surtout d'une transformation politique et sociale sans précédent avec l'instauration des congés payés, la semaine de 40 heures, la reconnaissance de délégués syndicaux dans les entreprises et l'invention d'une grande politique culturelle à la recherche d’une société plus libre, plus égalitaire et plus fraternelle. Mais c'est aussi l'histoire d'une société française politisée et fracturée comme jamais entre la gauche et la droite.
Nous sommes donc partis à la recherche des traces qu’a laissées le Front populaire en interrogeant notamment les chemins que prend la mémoire pour se transmettre et venir jusqu’à nous. Et d'abord à travers les récits familiaux, transmis génération après
génération, de certains acteurs importants de la période comme Léon Blum raconté par son arrière-petit-fils Antoine Malamoud, Irène Joliot-Curie, racontée par sa fille Hélène Langevin, le colonel François de La Rocque raconté par son petit-fils Hugues de La Rocque...
Nous nous sommes également plongés dans des fonds d'archives exceptionnels comme les bobines tournées par les équipes cinématographiques de la SFIO ou du PC, récemment restaurées, ou les collections de photographies miraculeusement sauvegardées au sein des familles de Pierre Jamet ou de France Demay, deux témoignages fascinants sur la vie culturelle et sportive à l'époque du Front populaire.
Sans oublier les archives préservées de François de La Rocque et de son PSF, les collections uniques de l'AFP pour l'année 1938 ou encore les archives que l'on appelle le « fonds de Moscou », ces documents liés aux mouvements de gauche qui avaient été volées par les nazis en 1940 puis transférées à Moscou par l'Armée rouge, maintenues au secret pendant plus de cinquante années et dont la découverte au début des années 2000 a profondément renouvelé le regard des historiens sur cette période.
Et ce qui nous a notamment frappés lors de la réalisation de cette fresque documentaire sur ces quatre années décisives, c'est l'étrange sentiment de faire en creux le récit de notre société contemporaine. Car, en 1933 et 1934, ce qui va entraîner la révolution politique du Front populaire, c'est l'irruption de régimes totalitaires et fascistes à nos frontières, une crise économique et agricole d'ampleur, une majorité introuvable à l'Assemblée nationale avec une valse historique des gouvernements et la montée d'une extrême droite française qui parvient alors à séduire au sein même de la droite parlementaire.
Mais comme on l'indique souvent au début des films de fiction, « toute ressemblance avec des faits ou des personnages actuels serait purement fortuite ».
SOURCES DOCUMENTATION :
https://frontdeslaics.wordpress.com/wp-content/uploads/2026/06/renault-bilan-social-2015.pdf
https://www.sudrenault.org/nouvelle-convention-collective-de-la-metallurgie-1192
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/version-html/8997611/IR135_Emploi_1T2026.pdf
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8997611
https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/001577235#Graphique
https://www.france.tv/documentaires/8440839-1936-le-front-populaire-entre-joie-et-coleres.html
https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/76755393
https://mai68.org/spip3/spip.php?article7009
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